La discipline :

Vous vous demandez peut-être : peut-on encore imposer des limites à nos jeunes? Est-ce dépassé, dans les années 2010, d’exiger qu’ils respectent des heures d’entrée, qu’ils « se ramassent », qu’ils investissent du temps et des efforts dans leurs études?

Je peux affirmer que la personne la plus déçue et la plus surprise que vous n’ayez plus d’exigences envers lui serait l’adolescent lui-même. Bien plus, je puis dire que j’ai rencontré plusieurs adolescents désarmés devant le fait que leurs parents ne mettent pas à exécution ce qui avait pourtant été annoncé avec une forte détermination.

Les adolescents cherchent, pour la plupart, à convaincre leurs parents que c’est « poche », « téteux » ou « pas rapport », de donner des punitions. Et c’est bien normal qu’ils tiennent ce discours. Ce n’est cependant pas une raison pour vous empêcher de leur en donner lorsqu’ils ne comprennent pas autrement. S’ils ne sont pas suffisamment responsables pour apprendre sans amende, c’est qu’ils en ont encore besoin. Ces conséquences peuvent lui venir de vous, mais aussi de l’école, des amis, d’un milieu de travail.

Vous vous demandez peut-être par où commencer lorsque tout est à faire, que vous avez perdu le contrôle de la situation, que le bateau chavire ou qu’il y a mutinerie à bord? Que faire quand nous réalisons que notre jeune a plusieurs comportements inacceptables ou irrespectueux? La première étape consiste, comme dans toute situation problématique, à isoler, identifier, préciser un premier comportement jugé inacceptable, un premier changement souhaité. Il faut alors signifier clairement à votre jeune verbalement (sans colère) ce qui pour vous est inacceptable (par exemple : langage irrespectueux) et pourquoi. Vous lui demandez alors de cesser ce comportement. J’ai souvent constaté que les parents omettent de dire à leur jeune : « Je trouve inacceptable que tu me parles ainsi et je ne veux plus que tu me manques de respect de cette façon. » Si le comportement est reproduit, vous annoncez la conséquence à laquelle il s’expose s’il recommence à nouveau. Par exemple, cela peut être la privation d’une sortie ou le retrait d’un privilège comme la diminution de l’argent de poche.

Pour que ce genre « d’opération » ait du succès, il faut remplir certaines conditions :

  • Ne sélectionnez qu’un seul changement à la fois (se battre sur tous les fronts n’a jamais été une stratégie gagnante, même pour les plus grandes armées!);
  • Annoncez au jeune à l’avance la conséquence à laquelle il s’expose;
  • Donnez une conséquence proportionnée à l’offense;
  • Rapprochez l’administration de la conséquence le plus près possible du comportement inacceptable;
  • Ne décidez pas de la conséquence sur le coup de la colère : elle a toutes les chances d’être disproportionnée et vous ne voudrez plus ou ne pourrez plus, comme parents, l’exécuter par la suite;
  • Ne retirez pas la conséquence même si votre jeune est devenu, entre-temps, particulièrement « gentil ». Ceci pourrait l’inciter à se foutre de ce que vous allez lui annoncer une autre fois.

Le premier changement souhaité ainsi obtenu, vous entamez un deuxième comportement. Sachez que votre jeune comprendra vite le système et généralisera rapidement son apprentissage de vous respecter à travers vos demandes légitimes.

Gare aux parents sauveurs qui veulent éviter à leur jeune les difficultés auxquelles il s’est pourtant préparé. À ce sujet, un adolescent me disait, à propos de sa mère qui ne mettait pas à exécution les conséquences annoncées : « Je suis toujours ben pas pour la respecter, elle ne se respecte pas elle-même. »

Je vous suggère de fixer une limite au nombre de fois où vous formulez la même demande sans qu’elle soit entendue par votre adolescent. Certains parents croient que s’ils répètent la même chose 500 fois, ils seront enfin entendus, alors que ça fait longtemps que le récepteur s’est habitué à ce bruit familier d’un parent qui « chiale ». Plusieurs jeunes ne bougeront pas tant qu’il n’y aura pas une contravention qui leur pend au bout du nez.

Source : Les ados : Mode d’emploi, p. 80 à 83, Fixez des limites et ayez des exigences.